La cloche Cécile-Charlotte

C’est au doux nom de Cécile-Charlotte que répond la cloche qui ponctue la vie de notre village avec l’Angélus du matin (6 h 30), du midi (12 h) et du soir (19 h) ainsi que toutes les sonneries annonçant les bonnes mais aussi les mauvaises nouvelles… Elle fut bénite en 1846 comme l’indiquent les inscriptions gravées sur son pourtour :

 

Détail de l’inscription  (mains indiquant les sauts de ligne)L’AN 1846 J’AI ETE BENITE DANS L’EGLISE DE ST-MARTIN AUX BUNEAUX PAR L’ABBE SURGIE VICAIRE GENERAL DE MONSEIGNEUR DE BLANQUART DE BAILLEUL ARCHEVEQUE DE ROUEN ET NOMMEE CECILE CHARLOTTE PAR Mr CHARLES FRANCOIS EMERIE DESHOMMETS COMTE DE MARTAINVILLE ET MADAME ALEXANDRINE CHARLOTTE DE PREAULX COMTESSE DE MARTAINVILLE EN PRESENCE DE M.M. FRANCOIS ARMAND LE THELIER PRETRE CURE DE CETTE PAROISSE DE PIERRE JULIEN OLIVIER MAIRE DE PIERRE EMO PRESIDENT DE CLEMENT JOLLY DE FRANCOIS RIQUEUR DE PIERRE ADRIEN BENARD ET DE FIRMIN CAMPS ADMINISTRATEURS.

 

 

«Autrefois, il y avait trois cloches. Deux d’entre elles ont été fondues pendant la Révolution pour faire des canons. Celle qui restait n’existe plus, elle a été remplacée par la cloche actuelle» (extrait de : Livre d’Or de Saint-Martin-aux-Buneaux, Yvette Patry, 1950).

Cécile Charlotte dans son beffroi

 

Il semble bien que Cécile-Charlotte ait été fondue par les frères Cartenet fondeurs de cloches à Gueutteville-les-Grès. En effet, l’inscription leur ressemble (en particulier des mains indiquant le passage à la ligne suivante) ainsi que les décors (notamment saint Samson, patron de l’église de Gueutteville). Elle pèse environ 1 000 kg, mesure 1,20 m de diamètre et sonne le ré # et le mi.

L’existence tourmentée de Cécile-Charlotte débute alors : elle résiste à la foudre en 1869, se détache de son support en 1885, se fêle en 1909, subit de multiples coups de vent, est électrifiée en 1961 par la maison Biard-Roy de Sainte-Austreberthe et reçoit un nouveau clocher en 1965 (après la tempête  de 1962) !

Fixation de la cloche

 

En 1909, la cloche est donc descendue pour être réparée… dans la cour de l’école de garçons ! Le Conseil municipal prend connaissance des propositions de M. Alexandre Chambon, fondeur à Chalette (Loiret), qui garantit la cloche de toute fêlure pendant dix ans grâce à son système de brasure. Le coût de la réparation sera pris en charge par M. le curé Hecquet pour un montant de 285 francs et les frais de dépose et repose par la commune pour un montant de 185,75 francs.

 

Porte de cloche et trous à corde dans la voûte du clocher

 

Cécile-Charlotte reprend donc du service, semblable à ses ancêtres – les cloches remontent à la plus haute antiquité : Hébreux, Égyptiens, Chinois en connaissaient l’usage et on en a retrouvé dans les contrées d’Afrique les plus reculées. Ainsi, notre cloche obéit à nouveau aux sollicitations de nos valeureux sonneurs jusqu’à ce que M. Prudent Huard passe la main à la «fée électricité».

 

 

 

Ainsi va la vie de cette vieille dame sereine, à la voix changeante sous le vent, qui domine l’agitation de notre village, accompagnant de ses chants nos joies et nos peines…

 

Patrick LEBOURGEOIS

Remerciements à Yvette Eudier, Christine Monville et Claude Fossard.