Les épigraphes

Les épigraphes sont des inscriptions placées sur un édifice pour indiquer la date de construction, la destination, le nom du constructeur, etc. Elles existent depuis des époques  reculées et ont une grande importance en archéologie : elles font partie des témoignages écrits non littéraires, populaires et insolites.

 

Le support

Qu’il soit minéral (calcaire, brique, plâtre, ardoise, etc.) ou végétal (chêne, hêtre, pitchpin, etc.), le support répond à deux critères à première vue contradictoires : le matériau choisi doit être à la fois solide pour résister au temps et suffisamment tendre pour pouvoir être gravé.3 - Ardoise faîtière (1994), Les Petites-Dalles

C’est ainsi qu’à Saint-Martin-aux-Buneaux, on trouve par exemple des dates sculptées sur des colombages en chêne1, des blocs de calcaire2 ou des ardoises3 .

1 - Porte d’entrée (1697), ferme Seigneur, Vinchigny

 2 - Mur de grange (1933), le Beau Soleil

 

 

Les outils

Pour écrire ou dessiner, l’auteur de l’épigraphe utilise le plus souvent la pointe d’un outil dont il a l’habitude de se servir : le charpentier son compas, le marin ou le paysan son couteau de poche, le maçon son burin, etc.

4 - Pignon d’étable (croix en silex noir), TournetotDans notre village, certaines autres techniques sont utilisées, comme le jeu de couleurs (silex noir et blanc4, brique rouge et blanche), le crayon5, la pyrogravure6 ou le fer forgé (dans le cas des ancres de construction).

6 - Marque de la «Fabrique»* pyrogravée sur les chaises, chapelle des Petites-Dalles. *La Fabrique : personnes autrefois chargées de l’administration de l’église

5 - Inscriptions au crayon, tour du clocher

 

 

 

 

 

7 - Croix peinte pour éloigner la maladie, étable, le Val

Les thèmes

Bien sûr, la date de construction avec les initiales du bâtisseur ou du propriétaire est l’épigraphe la plus répandue car il s’agit là essentiellement d’inscrire son œuvre dans la postérité. Mais il existe bien d’autres messages : croyance, superstition7, ex-voto, symbole maçonnique, représentation figurative, etc.

 

 

 

 

Le paradoxe du grès

Matériau présent dans notre sous-sol, il n’est véritablement exploité qu’à partir du 16e siècle, date à laquelle on arrive à maîtriser la technique pour le tailler8.8 - Date de construction (1699), porte des châtelains, église

Il est si dur qu’il est quasiment impossible de graver quoi que ce soit dedans quand il a été exposé un certain temps à l’air… Ceci explique pourquoi, alors qu’il y a tant de gens de mer à Saint-Martin-aux-Buneaux, on ne trouve pas de graffiti marins sur l’église… du moins à l’extérieur puisqu’elle est en grès. En revanche, à l’intérieur de la tour du clocher – et notamment dans l’escalier à vis – les «artistes» s’en sont donnés à cœur joie. Naturellement, puisque les murs intérieurs sont en parement de calcaire, donc tendres !9

9 - Graffiti marin, escalier du clocher de l’église

Des chiffres et des lettres10 - Armoiries, fronton du château

La longueur des épigraphes est très variable. Elle va de simples initiales ou monogrammes (emblèmes qui réunissent plusieurs lettres en un seul dessin) à une phrase complète, une formule écrite en latin, parfois agrémentée de décorations. Le temps en rend le plus souvent la lecture difficile si bien qu’il faut faire appel à la paléographie (lecture des écritures anciennes) ou à l’héraldique (connaissance des armoiries)10 pour les déchiffrer.

 

 

 

Intérêt des épigraphes

Ces «signatures» doivent être considérées comme des sources sérieuses de documentation car elles confirment l’origine d’un élément du patrimoine bâti civil, religieux ou militaire11. Elles sont les témoins visibles d’une pratique religieuse ou sociale souvent disparue. Ainsi, il suffit tout simplement de lever les yeux pour lire sur les murs de notre village comme dans un livre ouvert et découvrir son histoire.

11 - «V» de victoria (latin), épigraphe allemande, blockhaus, plaine du hameau de l’Église

 

Autres représentationsStatues

Outre les épigraphes, la foi des anciens se traduisait par des dons votifs : ex-voto, maquettes, vitraux et graffiti divers. Ces marques très nombreuses avaient pour but de se protéger des dangers et de remercier Dieu et ses saints pour sa clémence. Aujourd’hui, les tags sont généralement assimilés à des actes d’incivilité mais la destruction des épigraphes lors de restauration d’édifices anciens est tout aussi condamnable. Continuons donc à protéger ces messages parfois énigmatiques.

Vitraux

Plaques funéraires

Vitraux, statues et plaques funéraires présentent des textes épigraphiques variés.

 

Patrick Lebourgeois

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