Les factures à en-tête

Votaphilie

C’est le nom donné à la collection de factures anciennes ! Comme la cartophilie (collection de cartes postales), l’exercice consiste à classer les factures par ordre chronologique ou par thèmes, imprimeurs, régions, etc. et ainsi faire apparaître de véritables tranches de vie.

 

Papiers « à en-tête »

À partir du 17ème siècle, certains riches clients ne paient plus comptant leurs achats. C’est pourquoi, afin d’éviter d’avoir à recopier leur raison sociale sur chaque décompte mensuel adressé à leurs débiteurs, les commerçants demandent aux imprimeurs de leur fabriquer les premiers papiers «à en-tête».

 

Puis, à côté des nom et adresse du fournisseur, la reproduction de l’enseigne du magasin s’impose rapidement comme repère pour le client, bien avant l’invention du logo.

 

Enfin, des éléments décoratifs (frises, festons, lignes) et des listes (sortes d’inventaires des produits ou des services proposés) viennent compléter ces «en-têtes».

 

Premières factures

Il faut attendre la Révolution industrielle pour voir apparaître la facture, c’est-à-dire la «pièce comptable indiquant la quantité, la nature et le prix des marchandises vendues, des services exécutés» (Le Petit Robert).

 

Tout au long de la chaîne commerciale, du fabricant au particulier en passant par le grossiste et le détaillant, la facture va s’imposer, s’agrandissant, suivant les modes et se standardisant.

 

Une image du Pays de Caux

Ces vieux papiers fourmillent d’informations d’un grand intérêt patrimonial. Bien qu’existant partout, ils permettent d’individualiser certains commerces, métiers et établissements cauchois.

 

Par exemple, l’évolution des métiers et des techniques est perceptible sur l'entête des factures de forges. On passe de «Maréchalerie – Carrosserie – Serrurerie» (Henri Tiercelin)1 à «Maréchalerie – Chaudronnerie – Soudure» (Michel Tiercelin)2. Il en est de même pour le commerce de viande qui doit s’adapter à la fin du 20ème siècle. Alors que boucherie et charcuterie ont longtemps été des activités séparées, elles fusionnent pour résister à la concurrence (Philippe Lucas)3/3bis.

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Le changement d’argument commercial est sensible dans les sous-titre de magasins. De critères qualitatifs «Boucherie de confiance» (Albert Hucher)4on arrive à des titres informatifs : «Vente – Echange – Réparation» (Armand Duflo)5.

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Les repères géographiques donnés dans les adresses font souvent référence aux boutiques annexes : «Succursale à Veulettes» (Charles Gabriel)6, «Succursale aux Petites-Dalles» (A. Langlois)7.

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Par ailleurs, il est intéressant de suivre une famille de commerçants à travers ses factures. Outre les mentions «et fils», «fils», «veuve», «successeur», etc., on remarque que les successeurs ont parfois du mal à supprimer ou ajouter un article pour ne pas changer l’image d’une maison. Citons : «Bernard Lefebvre»8, puis  «Bernard Lefebvre et fils»9 et enfin «Michel Lefebvre»10 dont l’entête a longtemps été : «Couverture – Fumisterie» (avec timbre fiscal) avant de devenir : «Couverture – Plomberie – Fumisterie» ajoutant ainsi discrètement la plomberie… Pour aller dans le même sens, certains artisans mentionnent la date de création de l’affaire comme gage de sérieux.

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Enfin, les factures nous livrent un lot impressionnant de renseignements sur la vie quotidienne. On apprend que la commune de Saint-Martin-aux-Buneaux a commandé plus de 40 kilos d’oranges pour le Noël des enfants des écoles le 21 décembre 1955 ! (Maurice Buquet)11

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Patrick Lebourgeois

 

Sources : archives municipales de Saint-Martin-aux-Buneaux et archives personnelles