La maçonnerie en brique et silex

 

Nous vous présentons un aspect du patrimoine bâti du Pays de Caux. Nous vous proposons de parler de la maçonnerie en brique et silex.

 

Jointoiement sur un pilier de barrière (Saint-Martin-aux-Buneaux)La brique (du néerlandais bricke, briser), séquelle de la pénurie des matériaux naturels bruts est la marque d’une construction économique. Par conséquent, il n’est pas étonnant de la voir apparaître dans le Pays de Caux dès le 16ème siècle pour connaître son apogée aux 18ème et 19ème siècles. Elle remplace peu à peu la pierre sur les colombiers, le torchis et le colombage sur les logis et se combine admirablement avec le silex.

 

La brique est le matériau industriel le plus ancien standardisé par l’homme. Son format, d’abord régional, s’est normalisé pour répondre à des exigences d’appareillage et de manipulation.

 

La fabrication des briques, tuiles et carreaux est une des activités les plus anciennes en ville ou à la campagne, sur le plateau ou en pied de falaise.

 

La brique de Saint-Jean

Certaines interrogations subsistent quant à l’origine du nom… Plusieurs hypothèses sont avancées mais aucune ne donne entièrement satisfaction. Le terme de « brique de Saint-Jean » a été transmis par tradition orale, sans définition précise, et les querelles de clocher vont bon train, presque chaque village avec « Saint-Jean » dans son nom revendiquant la paternité…

 

L’explication la plus plausible semble être liée à la période de l’année où l’on cuisait ces briques au bois. Est-ce parce que l’immense brasier rappelait les feux de la Saint-Jean marquant le solstice d’été ? Ou plus vraisemblablement est-ce parce que la cuisson ne pouvait se faire qu’à la fin juin ? En effet, selon le témoignage d’anciens briquetiers, il fallait attendre que l’hiver s’achève pour extraire l’argile, la travailler et mouler les briques. Ensuite, elles étaient séchées sous des hangars.

 

Par contre, on sait de façon plus sûre que la brique de Saint-Jean fut utilisée vers la fin du 15ème siècle pour la construction de châteaux, d’églises et de granges.

 

Sa solidité par rapport au torchis, son coût plus faible que la pierre et sa plus grande facilité de mise en œuvre que le silex lui ont donné ses heures de gloire. La véritable « brique de Saint-Jean » de couleur orangée est de petite épaisseur (3,3 cm).

Les briqueteries artisanales se déplaçaient au gré des chantiers. La brique était fabriquée avec le limon des plateaux, argile que l’on trouve partout dans notre région.

 

La « brique de Saint-Jean », connut son déclin vers 1860 à cause de l’arrivée du nouveau mode de cuisson au charbon, arrivée elle-même liée au développement du chemin de fer. Dans certaines briqueteries, la transition fut douce avec des cuissons mixtes bois et charbon. C’est peut-être de cette période que datent les « fausses briques de Saint-Jean » aux dimensions proches de la brique industrielle.

La briqueterie (Yvetot) La briqueterie (Yvetot)
La briqueterie (Yvetot)

La brique rouge

La brique rouge, cuite au charbon, marque le passage de l’artisanat à l’industrie. Avec ce nouveau mode de cuisson, la brique perdit sa belle couleur flammée pour des teintes plus sombres, aux nuances violines, celle-là même que nous connaissons aujourd’hui. Dans chaque canton, il y avait plusieurs briqueteries qui ont laissé de nombreux souvenirs aussi bien dans la toponymie (lieu-dit la Briqueterie à Goderville) que dans le paysage (carrière à ciel ouvert à Graimbouville).

 

Si la brique de premier choix est utilisée en parement sur toutes ses faces (boutisse ou panneresse posée à plat ou de chant), la brique déformée, dite « mastoc », sert à maçonner des parties cachées comme les citernes.

 

Dans nos villages, la brique rouge est caractéristique des constructions des années 1870, en particulier les écoles et mairies ainsi que les « maisons de maître ».

La briqueterie (Senneville-sur-Mer) La briqueterie, anciens séchoirs (Malleville-les-Grès)
La briqueterie (Senneville-sur-Mer). La briqueterie, anciens séchoirs (Malleville-les-Grès).

La brique d’alluvions

Au Havre, des briqueteries voient le jour dans la ville basse, dans Leure (aujourd’hui nommé quartier de l’Eure) et à Graville. Le sol alluvionnaire donne à la brique des colorations jaunâtres ou verdâtres qui permettent de jouer sur la polychromie en association avec la brique rouge.

 

La brique de pied de falaise

Sur la plage du Havre, les briquetiers emploient les marnes argileuses. Au bas de la route du Chant-des-oiseaux, à Tancarville, on trouve aujourd’hui un lotissement à l’emplacement de l’ancienne carrière de la Société anonyme des produits silico-calcaires. Ici, au début du 20ème siècle, on a exploité une veine de « sable à lapin » ou lœss qui, mélangé au calcaire, donnait la brique blanche de Tancarville.

Elle est de dimension industrielle ( 22x11x5,4) et porte l’inscription « Tancarville » en relief. On la retrouve partout dans le canton de Saint-Romain-de-Colbosc associée à la brique rouge du plateau (briqueteries de Saint-Romain-de-Colbosc, Gainneville, Bréauté, etc.).

 

Briques, tuiles et carreaux

Tuiles de Varengeville, de Sainte-Adresse ou de Villequier ; carreaux du Havre (E. Dubosc, A. Agasse), de Villequier ou de Goderville ; briques de Vénestanville, de Canouville ou d’Épouville, tous ces matériaux ont en commun d’être issus du sous-sol cauchois et ont contribué à construire l’identité de notre paysage.

 

Associé à la brique, le silex est une des spécificités du Pays de Caux, surtout dans sa frange littorale. Située dans ce périmètre, la commune de Saint-Martin-aux-Buneaux peut ainsi s’enorgueillir de posséder certains des plus beaux appareils de brique et silex de la région. En outre, ce qui fait la richesse de notre village, c’est le traitement des joints. En effet, des Petites-Dalles à Septimanville en passant par Vinchigny, on peut admirer deux techniques particulières mises en œuvre : le joint anglais (rappliqué avec un fer plat et découpé de chaque côté avec un couteau à mastic) et le joint découpé (rappliqué à la truelle, tracé à la pointe sèche de compas et coupé à la langue de chat).

Joints anglais sur brique et silex (Fécamp) Joints anglais en mosaïque sur silex (Fécamp)

Joints découpés sur silex (Saint-Martin-aux-Buneaux)

Joints anglais sur brique et silex
Joints anglais en mosaïque sur silex Joints découpés sur silex

 

Que cet article soit une invitation à découvrir, protéger et restaurer les murs en brique et silex de Saint-Martin-aux-Buneaux.

 

 

Sources : Lebourgeois (P.), Pays de Caux, Vie et Patrimoine, Editions des Falaises, 2003.